Chères paroissiennes, cher paroissiens, chers amis,

Pour ce dimanche, c’est mon tour de vous transmettre quelques éléments de méditation et de réflexion en ce temps particulier où nous sommes privés de rendez-vous dominicaux dans nos églises.
 
Je vous propose ici la prédication que j’avais prévue d’apporter le 15 mars (1er culte supprimé), une confession de foi et un chant s’accordant avec le thème.
 

 

Pour la prière, je la laisse à votre inspiration. J’espère que vous allez bien. Continuez de prendre bien soin de vous !
 
Bien amicalement,
Maryse Burnat-Chauvy
 
Et voici deux prières de Corrymeela transmises par Armi H. Hildén:
 
Dieu de la veuve et du prophète,
tu nous as raconté une histoire
montrant combien un petit peu d’huile et de farine,
et la gentillesse de la communauté
ont sauvé une famille.
Pot après pot ont été remplis et conservés.
Rappelle nous combien une goutte et un peu de gras,
un petit coup frappé à la porte,
la volonté de croire en la réponse en cas de besoin,
ont fait toute la différence dans cette histoire,
et peuvent faire toute la différence dans les nôtres.
Amen !
 
Dieu dont le souffle planait sur la création,
Dieu dont le souffle a donné vie à l’argile humide
Sois dans chaque souffle profond que nous prenons,
lorsque notre ventre s’élève,
lorsque notre poitrine s’abaisse
Sois dans le mot plein de bienveillance que nous partageons,
dans l’offre d’aide, et le signe d’attention.
Sois dans la prière que nous chuchotons,
et dans le rire que nous partageons ;
de sorte que, même en temps de chaos,
nous puissions donner le souffle de vie à une création nouvelle.
Amen !
 

Prédication  Lire Matthieu 18/21 – 35 (+Genèse 33/1 – 17 )

En ce temps  de Carême, et aussi en ce temps de coronavirus qui vient bousculer nos habitudes, n’est-ce pas le moment  (et nous en avons le temps !) de réfléchir à nos relations humaines. Entre responsabilité et solidarité, se glisse aussi le thème du pardon, si complexe et si central pour pouvoir avancer ensemble dans nos familles, dans nos diverses relations, et en paroisse. C’est ce thème que je vous propose pour ce dimanche.

Nous avons tous été une fois (ou beaucoup de fois !) blessés profondément. Par un mot, une attitude. Ou un manque de considération, une injustice, une incompréhension … les exemples ne manquent pas. Et quand la blessure est profonde, peut-être irréparable (abandon, trahison,  perte, etc.) est-il possible de pardonner vraiment ?

L’Evangile nous parle du pardon dans un cadre très précis : celui de la communauté.

Que nous dit Jésus ?

D’abord que pardonner est de l’ordre du lâcher prise. Un relâchement, un assouplissement. 

Je m’explique : Jésus vient de parler de correction fraternelle (Mat. 18/15). De manière très sévère. Puis il explique que le pardon, c’est ensuite ne pas oublier l’amour, la compréhension. Ainsi alors que nous imaginons souvent que pardonner demande un gros effort que nous devons accomplir, Jésus l’inscrit dans le pardon que lui-même Jésus nous offre. Dans la parabole : parce que nous avons été beaucoup pardonnés, alors dans un même mouvement nous sommes rendus capable de pardonner à notre tour. La force ne vient pas de nous, mais de notre émerveillement devant la grâce dont nous sommes bénéficiaires en Jésus le Christ.  Remettre une dette quand nous avons bénéficié d’une remise de dette encore plus grande.

Dans l’Ancien Testament, le pardon vient toujours de Dieu seul. C’est lui qui pardonne. Uniquement dans l’histoire d’Esaü et Jacob (Genèse 33), nous trouvons un pardon entre humains (frères) et c’est pour le présenter comme une joyeuse réconciliation, et déjà une abandon des griefs, un dépassement des erreurs passées.

Le Nouveau Testament nous présente une nouvelle image pour le pardon : la remise de dette. Il s’agit bien d’un lâcher prise : renoncer à ce qui m’est dû. Abandonner le combat pour être remboursé : une libération tant pour le créancier que pour le débiteur.

Oui mais pardonner « 70 x 7 fois » ! cela peut à nouveau apparaître comme un effort infini, inatteignable. Je le lis autrement :  70 x 7 fois veut nous dire combien le chemin du pardon est long. Fait de petits pardons, petits abandons de la rancune, et cela peut prendre des années parfois. Et nul n’oblige à le faire d’un seul coup. Et Jésus le sait et l’accepte. Sa patience est infinie. On n’a jamais fini de lâcher.

On est bien loin des affirmations péremptoires qu’on entend parfois : « Moi je ne lui pardonnerai jamais » ou au contraire « Tu dois pardonner », « Il faut oublier ».

Que sait-on de ce qui est possible ou non à long terme ? et pourquoi faudrait-il oublier ?

Jésus parle de la communauté chrétienne comme d’un laboratoire, un lieu d’apprentissage. Jour après jour nous apprenons, nous exerçons :                                            

A reconnaître le pardon du Christ 

A lâcher les rancunes

A persévérer

Le pardon comme une gymnastique spirituelle du cœur, de l’âme, de la volonté.

Vous me direz que cela ne change rien aux grands pardons nécessaires dans le monde au sens large. En politique,  dans les drames humains qui parsèment notre monde et qui tuent tant de gens.  Dans une société où règne tant de chacun pour soi, d’égoïsme, d’inconscience écologique, économique et sociale qui ont conduit à la situation d’aujourd’hui.

Mais si les chrétiens sont bien entraînés à pardonner, patients avec eux-mêmes et avec les autres, ils sauront poser des signes d’un monde réconcilié et toujours en quête de justice et de paix. 

                                                                                                     Amen